Étude de sol à but agricole / Soil study for agricultural purposes

[FRA] 

J'ai l'immense privilège de recevoir aujourd'hui Emmanuel Bourguignon du Laboratoire d'Analyse de Microbiologie des Sols (LAMS). Quelques jours auparavant j'ai passé deux heures à la fourche bêche et à la pioche pour creuser un trou d'un mètre de profondeur, un mètre de long et quatre vingt centimètres de large. 

 

Conférence et travaux pratique!

 

L'objectif est d'identifier la qualité du sol: connaitre son état de santé ainsi que les corrections à effectuer pour le rendre plus sain, et enfin, la partie la plus intéressantes: savoir quoi planter !

C'est le livre de ses parents "Le sol, la terre les champs" qui m'a donné cette idée. L'ouvrage décrit parfaitement au néophyte comme moi l'importance du sol, son fonctionnement et la manière dont on le traite dans le monde!

En Europe, nous n'avons qu'une fructification par an (contrairement aux zones tropicales ou équatoriales...). Donc autant savoir dans quelle direction aller pour ne pas perdre une ou plusieurs années! Je n'ai plus tant de printemps que ça devant moi !

J'ai profité de sa venue pour inviter des connaissances avides de ce genre de sujet. Nous étions sept à observer Emmanuel qui est resté dans ce trou, à nous expliquer comment le sol de ce terrain en particulier fonctionne, pendant plus de trois heures ! Une vraie conférence à ciel ouvert, pendant que la brume bretonne du petit matin se dissipait laissant apparaitre un grand ciel bleu, (ce qui me rappelle le Groenland...).

Un bref résumé. Le profil révèle une épaisse couche de terre végétale (très sombre, environ trente à quarante centimètres) typique d'une zone agricole (où la matière organique de surface est enfouie, contrairement à une couche plus fine puisque la matière organique est naturellement déposeé en fine couche en surface). Nous y avons vu les fines racines ligneuses des arbres juste au dessous, dans une couche plus claire, de couleur marron, alors que ceux-ci étaient en bordure de terrain à une trentaine de mètres. Nous avons vu également les racines plus fines, verticales, des herbacées qui allaient puiser plus en profondeurs, juste à la verticale, à plus de 80cm, dans une troisième couche, grise, qui est la partie minérale: du schiste dans ce cas précis. Cette roche est à l'origine d'une acidification du terrain, d'où les espèces végétales alentours qui aiment ce type de sol.

Nous avons observé les galeries verticales des vers de terre, et nous en avons même suivi un jusque dans sa petite loge, environ 50cm sous la surface, qui était à son point de retour vers le haut!

Je connais plus de personnes dans ma vie qui ont vu des ours blancs et des manchots empereurs, que ceux qui ont vu l'endroit où les vers de terres font demi-tour dans leur galerie pour remonter vers la surface !! Absolument phénoménal !

Le long de ces galeries, les racines de plantes de surface s'y faufilent, cherchant l'oxygène nécessaire, tandis que la couleur de celles-ci étaient parsemées d’éléments de surface en profondeur et vice et versa du aux passages répétés du lombric et pointant l'importance du vers de terre dans le brassage des éléments minéraux et argileux de profondeurs vers la surface pour former le complexe argilo-humique.

De nombreuses mottes de terre étaient alentours. Leurs distributions ainsi que l'orientation des galeries qui sont obliques ont mis en évidence qu'il s'agit de la présence de rat taupier (campagnol terrestre), qui n'est plus régulé par la diminution de prédateurs comme le renard, belettes, rapaces...

 

 Le trou qui part à l'oblique, typique d'une galerie de rat taupier. Cette galerie, présente dans le trou de profil également, est située juste entre 5 et 10cm de profondeur...

 

Emmanuel répondait à nos questions tout en digressant et parlant des conséquences des pratiques agricoles en tout genre sur la vie du sol. Impact le plus flagrant: le labour mécanisé qui compacte le sol, le rend étanche et diminue la microfaune et par conséquent la quantité de matière organique, est à proscrire...

Ici: aucune trace de labours intensifs! Tant mieux! 

Analyse sur site de la teneur en fer, test de la motte de terre, de l'eau, etc,... Être là me rendait joyeux et je regardais notre guide avec les yeux d'un nouveau-né!  Tout ce que j'avais lu dans mes livre préférés prenait vie devant moi. L'interprétation d'Emmanuel donnait vie là où d'autres n'auraient vu qu'un trou dans la terre...

Analyses diverses...

Nous avons du couper court à l'intervention car il se faisait déjà midi !

Ma prochaine lecture sera celle d'Emmanuel: "Prendre soin de son sol", qui est un manuel pratique pour prendre soin du sol de nos jardins.

Doté de deux échantillons en mains (l'un en profondeur et l'autre de surface), des analyses en laboratoire permettront d'ajouter quelques chiffres pour compléter ce que l’œil ne peut observer.

 

À gauche: le sol de profondeur (minéral, il se désintègre dans l'eau) à droite le sol de surface (chargé en matière organique ce qui lie la motte: l'eau reste claire et la motte compacte). On comprend tout de suite que la matière organique est directement lié à la capacité d'un sol à absorber l'eau et prévenir du lessivage des éléments!

 

C'est avec impatience que j'attends les résultats d'Emmanuel pour savoir comment améliorer ces 8000m2 de terrain et surtout quelles espèces forestières, fruitières et potagères planter !!!

Merci infiniment à Emmanuel pour sa patience et la qualité de ses interprétations !

PS: je ne suis pas affilié à ces livres, non plus à ce laboratoire. Cette analyse est une prestation que je paie. Ces opinions ici sont les miennes et je partage avec le plus grand nombre ce qu'il me semble être essentiel: prendre soin de la vie, de notre sol, de notre terre, élément tellement important qu'il a donné son nom à notre planète. 

 

 [ENG]

Soil Study — A Field Day with Emmanuel Bourguignon

It is my great privilege today to welcome Emmanuel Bourguignon from the Laboratoire d’Analyse Microbiologique des Sols (LAMS) — the Soil Microbiology Analysis Laboratory.

A few days earlier, I had spent two hours with a spade and pickaxe digging a hole one meter deep, one meter long, and eighty centimeters wide.

Conference and hands-on practice!

I had the idea of doing a soil analysis to identify the soil’s quality — to understand its health, what corrections could make it more balanced, and, finally, the most exciting part: to know what to plant!

It was his parents’ book, “Le sol, la terre, les champs” (“The Soil, the Earth, the Fields”), that inspired me. The book perfectly explains, even to a novice like me, the importance of soil, how it works, and how it’s treated around the world.

In Europe, we only get one harvest a year (unlike tropical or equatorial regions…), so it’s best to know where we stand in order not to waste one or several seasons! I don’t have that many springs ahead of me anymore!

I took advantage of Emmanuel’s visit to invite a few friends who share an interest in this kind of topic. There were seven of us, standing around the pit, as Emmanuel spent over three hours inside, explaining how the soil on this particular site works. A true open-air conference, while the Breton morning mist slowly cleared to reveal a wide blue sky — which somehow reminded me of Greenland.


A brief summary

The profile revealed a thick layer of topsoil (very dark, around 30 to 40 cm), typical of agricultural land where organic matter is plowed under — unlike in forest soils, where it remains as a thin layer on the surface.

We observed fine woody roots from nearby trees (some 30 meters away), reaching just beneath the top layer into a lighter brown one. We also saw thin vertical herbaceous roots plunging straight down to depths of over 80 cm, into a third, grey, mineral layer — schist in this case. This rock explains the soil’s natural acidity, and thus the acid-loving vegetation around.

We spotted vertical worm burrows, and even followed one worm down to its tiny resting chamber, about 50 cm deep, just before it turned back upward!

Honestly, I know more people who’ve seen polar bears and emperor penguins than those who’ve seen the exact spot where an earthworm turns around underground! Absolutely phenomenal!

Along these tunnels, plant roots weave their way, seeking oxygen, while the soil colors reveal the mixing of surface and deep materials caused by the worm’s constant activity — highlighting the vital role of earthworms in forming the clay-humus complex that sustains soil fertility.


Other inhabitants and insights

Many soil clods were scattered around. Their distribution and the oblique galleries clearly indicated the presence of voles (campagnols terrestres) — no longer kept in check by their declining predators such as foxes, weasels, and birds of prey.

The slanted burrow — typical of a vole tunnel — appeared just 5 to 10 cm below the surface, right in the profile wall.

Meanwhile, Emmanuel answered our questions, branching into discussions about how different agricultural practices affect soil life. The most striking impact: mechanized plowing, which compacts the soil, blocks air and water circulation, and reduces microfauna — all of which leads to lower organic matter.

Here, fortunately: no trace of intensive plowing!

We performed on-site tests — checking iron content, soil clods, and water reaction. I was overjoyed, watching our guide with the wonder of a newborn: everything I had read in my favorite books was coming to life before my eyes. Emmanuel’s interpretations gave meaning and vitality to what others might have seen as just a hole in the ground.


Practical results and next steps

We had to cut the session short, as it was already noon!

My next read will be Emmanuel’s book: “Prendre soin de son sol” (“Caring for Your Soil”), a practical manual for nurturing the earth in our gardens.

I left with two soil samples — one from deep below and one from the surface. Laboratory analyses will soon provide data to complete what the eye alone can’t see.

On the left: the deeper, mineral soil (which disintegrates in water).
On the right: the topsoil, rich in organic matter (the clod stays intact and the water remains clear).
It’s immediately obvious that organic matter is key to a soil’s ability to absorb water and prevent nutrient leaching.


I now eagerly await Emmanuel’s results — to learn how to improve these 8,000 square meters of land and, most importantly, which forest, fruit, and vegetable species to plant!

A heartfelt thank-you to Emmanuel for his patience and the quality of his insights!

P.S. I am not affiliated with his books or his laboratory. This analysis is a paid professional service. The opinions expressed here are entirely my own, shared in the hope of spreading what I believe is essential: to care for life, for our soil, for our Earth — the very element that gave our planet its name.


 

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